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5 juillet 2020 – Par Guillaume Ratté-Côté

 

HYPER 2020

Il est fort probable que l’environnement plus que jamais exempt de microbes et autres germes dans lequel nous vivons, chez nous et chez les nations voisines, génère une présence d’allergies supérieure dans la population que ce fut le cas ne serait-ce qu’il y a quelques décennies. Si vous avez déjà eu une poussée d’allergies, vous comprenez à quel point cette surréaction du système immunitaire peut être violente et incontrôlable. Il m’arrive de plus en plus souvent de me demander si nous ne vivons pas un phénomène similaire à échelle collective et psychique. Pas seulement depuis ce que certains ont appelé le virus de l’hystérie. Bien que l’hystérie psychique ne soit pas sans rappeler celle du système immunitaire qui réagit de façon disproportionnée et cause plus de tort que de mal par prudence excessive, les changements qui les concernent, même s’ils semblent coordonnés, n’ont pas de lien direct, évidemment. Tout de même, la comparaison demeure intéressante vu les leçons que nous pourrions tout de même tirer du phénomène physique, qui est maintenant bien connu.

 

L’aseptisation (non médicale évidemment) ayant causé le mal physique (à bon escient à l’époque) s’est cristallisée peu après la seconde guerre mondiale, pour par la suite prendre sans cesse des avancées significatives. Nos grands-mères furent les premières à abuser de l’eau de javel et maintenant chacun a sa collection de produits désinfectants. La moyenne des ours en utilise bien trop : les allergies sont répandues au point où il y a une liste de produits interdits dans les écoles.

 

L’aseptisation sociale a commencé environ au même moment (à bon escient à l’époque également, évidemment) et ne s’est jamais rétractée du moindre iota (à mauvais escient évidemment car la meilleure façon d’avancer en affaires publiques est par balancier). Chacun a maintenant son petit équipement de Monsieur Net figuré, constitué d’une panoplie de nouveaux interdits, de turpitudes plus nombreuses qu’au temps où la religion faisait loi. Les dérives résultant de l’écho de l’hyper réaction sociale ressemblant à une allergie se font sans cesse plus longs, plus prenants, plus violents.

 

Nous aurions dû avoir la puce à l’oreille à plusieurs moments, et réaliser que nous étions en train de développer notre tolérance à des excès de zèle toujours plus nocifs. Bien évidemment qu’à l’occasion il faille réagir vigoureusement à des problématiques publiques comme société! L’équilibre entre liberté et sécurité est un combat de tous les instants. Toutefois, il ne faut surtout pas tomber dans l’automatisme à tangente unique! Le plus récent exemple étant probablement la volonté de reporter l’Halloween l’an dernier… si ce n’est en fait d’abolir pour l’ensemble du Québec la possibilité de faire des feux à ciel ouvert parce qu’il y a un gros actif, et que peut-être, si un second gros feu se déclarait, nous pourrions manquer de pompiers! Nous avons aussi la mémoire très courte, favorisant le phénomène : rappelez-vous les feux de forêts au Québec dans les années quatre-vingt-dix!!!

 

Que faire, si on réalise que ce genre de phénomène est inadéquat, trop répandu, et qu’on veut le contrer?

 

 Une manifestation, même si elle vient en tête rapidement à tout un chacun dans un tel contexte, pourrait entraîner exactement le genre d’enflure dont on souhaite se débarrasser. Il n’y à qu’à considérer le fait que les émeutes raciales causent inévitablement par la suite des flambées de crimes violents dans les quartiers majoritairement occupés par les minorités. 

 

Alimenter une volonté de simplification des processus en vue d’accélérer la mise en place de nos idées est du même registre des idées boomerang. Ceux qui voudraient que les casseurs soient jugés expéditivement, comme ceux qui souhaitent la chose pour les policiers qui commettent des crimes contre des citoyens, devraient d’abord présenter un plan infaillible pour un nouveau système de justice réellement plus efficace, ce qui est pour le moins qu’on puisse dire, loin d’être une mince tâche!

 

Se laisser aller à épandre des conclusions non prouvées ne sera assurément pas plus productif. La crédulité honnie remplacée par un autre type est évidemment contre-productive et crée un cercle vicieux duquel il est si difficile de s’extirper que plusieurs en perdent leur réseau social. Ils en retrouvent peut-être un nouveau, mais cela ressemble beaucoup à la genèse de groupes criminels!

 

Alors que voilà trois voies de plus en plus populaires, elles ne sont que des hyper réactions nocives. Générées par notre hyper aseptisation et exacerbées comme jamais avec des semaines de stress, confinement et isolement, elles sont toutes deux à des lieues de ce qui a le plus de potentiel et pourtant est si simple : l’implication dans le système en place! Les voies du changement sont établies et éprouvées! Elles commandent simplement énormément de travail, d’abnégation, de persévérance. Ce système est celui ayant fourni le plus d’améliorations à la condition humaine depuis la formation des premiers villages il y a 15 000 ans, pour une période de seulement soixante-dix ans! Nous pouvons et devons assurément l’améliorer encore, mais pour cela il faudrait que nous gérions mieux nos responsabilités collectives de base. Par exemple en prenant conscience qu’il est toujours à craindre que la réaction soit pire que le préjudice du simple coup. Et en transférant cette conscientisation sur les élus du moment, au premier chef. Même si écrire un courriel est moins excitant que jouer aux indignés guerroyant. Même si monter les échelons de la politique semble fade et plein de compromis.

 

Parlant de guerre, pendant que nous nous mettons en exergue des problèmes d’une importance relativement mineure (souvent en raison de cas anecdotiques) et mettons toute cette énergie à les remâcher (j’aurais envie de dire : à nous regarder la bedaine), la Chine se permet une incursion en Inde, de s’approprier des atolls en Mer de Chine où le tiers de la circulation navale au monde passe, de mener des essais nucléaires illégaux, de faire des attaques informatiques chez des pharmaceutiques, de tenir des camps de concentration, d’arrêter les opposants de Hong Kong que l’occident devait protéger, etc. etc. … tout en faisant tout pour que leur économie tourne bien … et en donnant des vaccins contre le covid à leurs soldats. Oui, ils en disposent déjà et sont loin d’être prêts à le partager. 

 

L’odeur des feux de forêt est certes moins subtile que celle du déclin, mais elle devrait être beaucoup moins inquiétante. Si nous ne nous ressaisissons pas très rapidement, nous nous ennuierons tous rapidement et avidement de cette époque que trop d’incultes historiques qualifient d’abjection. L’atteinte du confort relatif nous aura simplement rejeté dans la misère. Il est temps de lutter efficacement contre ces «anticorps» hostiles qu’ont rendu insensés trop de propreté. Les quolibets viendront et il faudra lutter contre, en même temps de continuer de lutter contre les vrais racistes, anti-scientifiques et autres illuminés, heureusement minoritaires! Y’en aura jamais de facile. 

 

Bonne deuxième moitié de 2020!