L’ère post factuelle épisode 2 : le marché du relativisme

La semaine passée, je mettais la table pour une série de billets sur les fausses nouvelles et les faits alternatifs. J’y expliquais comment le néo-libéralisme n’avait pas tenu ses promesses et a créé une élite transnationale puissante et déconnectée de la réalité qui vit dans un nuage financier qui s’abreuve de l’économie réelle pour se satisfaire. Cette semaine, je discuterai de pourquoi les faits alternatifs sont devenus aussi important dans une société où le savoir est supposément accessible à tous facilement.

 

Le problème est que le savoir actuellement disponible est soumis aux aléas du marché qui n’a pas la faculté de distinguer l’ivraie du bon grain, laissant libre cours au relativisme des idées politiques. Un terreau fertile pour les faits alternatifs et les fausses nouvelles qui peuvent enfin répondre à des problématiques complexes ou des frustrations par des solutions clefs en main pour satisfaire les préconceptions idéologiques du consommateur de nouvelles. Que ce soit à gauche ou à droite, cette réalité est exacerbée par les caisses de résonnance partout sur Internet où les personnes se relances dans des « safe space » virtuels imperméables aux autres idées ou à la critique. Le sub Reddit sur Donald Trump est un excellent exemple de cette situation. Le marché des idées politiques a créé une situation étrange où l’on recherche avant tout l’audimat et la diffusion au plus grand nombre avant la qualité ou la véracité des faits; les opinions prennent le dessus sur les faits et les croyances sur la rigueur. Les statistiques ont beau démontrer une baisse généralisée du taux de criminalité, la croyance du contraire devient la nouvelle. Ajoutons la vitesse folle qu’offrent les réseaux sociaux et l’utilisation politique des « big data » – j’y reviendrai plus tard ce printemps – et vous avez une tempête parfaite pour que la qualité du savoir s’effondre comme le prix des citrouilles le premier novembre.

 

Un autre point que je veux discuter ici est l’apport des mouvements conservateurs américains qui dans leur lutte face au président Obama sont devenus des catalyseurs de la nouvelle droite qui est accro aux faits alternatifs. Revenons quelques années en arrière quand le mouvement Tea Party est apparu avec l’appui du parti républicain et des médias conservateurs. Ce dernier basait sa lutte politique sur des ouïs dires, rumeurs et théories du complot qu’entretenait l’administration Obama. Les républicains ont fortement aidé ce mouvement et bien d’autres dans leur lutte de tous les instants face aux démocrates. Canalisant le racisme envers le président noir, la haine envers les élites corrompues des grandes villes côtières et l’instinct de survie de la population blanche du centre du pays qui se sent abandonnée dans la société néo-libérale et assiégée par les valeurs post modernes, la droite américaine a créé un monstre qui a fini par l’avaler. Encore plus consternant, c’est que la droite américaine s’est associée à ce mouvement au détriment de bien de ses valeurs et de ses principes dans une optique électoraliste teintée de relativisme. La faute est certes partagée avec la gauche qui s’est enfermée dans un narratif post moderne d’auto-flagellation qui se veut stérile en solutions, mais fertile en dénonciation. Or, le néo système de lutte des classes que la gauche libérale  américaine n’a jamais été récupérée politiquement au niveau que la droite a repris les Tea Party and friends de ce monde. La gauche se contentant de tourner dans leur cyber caisse de résonnance avec des idées qui viennent et vont rapidement comme le « man spreading ».

 

Finalement, j’aimerais souligner le rôle du gerrymandering dans la montée d’une classe politique carburant aux faits alternatifs et aux fausses nouvelles. Pour ceux qui ne le savent pas, le gerrymandering est l’art de dessiner des circonscriptions électorales  pour maximiser ses gains électoraux et minimiser ceux de l’adversaire. En concentrant les électeurs plus enclins à une même idéologie sur un seul territoire, les élus se sont mis devant une situation inattendue, soit que les membres du parti se fractionnent en plusieurs factions plus ou moins radicales. Cela devient embarrassant quand les factions radicales trouvent que l’élu en place ne les représente plus et cherche à le remplacer par un candidat moins « mou » du même parti. Il s’ensuit alors une course à une certaine radicalisation des candidats du même parti afin de pouvoir gagner les primaires et les élections après. Des candidats qui doivent travailler fort pour ne pas devenir les victimes de fausses nouvelles ou de faits alternatifs

 

J’espère que cette (trop) courte analyse a pu éveiller votre curiosité et que vous serez là la semaine prochaine pour l’épisode trois qui parlera de l’élitisme et le chauvinisme des producteurs de faits et de vraies nouvelles.

 

Merci

Aleksandre