Les chapeaux en papier d’aluminium, de X-Files à l’alt-right

Publié par le 4 avril 2018

Un des groupes d’activistes politiques qui me fascine le plus sont les théoriciens de la conspiration. Même si ces derniers se voient rarement comme acteurs politiques actifs, il n’en demeure pas moins que leur influence a explosé depuis plus d’une dizaine d’années. En effet, avant l’arrivée du web 2.0, ces personnes ou ces groupes étaient fragmentaires et peu organisés. On voyait leur influence surtout lors d’événements de niches comme des émissions de télévision spécialisées sur des chaînes de télévision tout aussi spécialisées, sur les ondes d’obscures radios parlées (surtout sur le AM), des forums dans les bas-fonds de l’internet ainsi que lors de conventions dans des lieux où les coûts d’hôtel et de location de salles sont peu élevés. Or, internet a changé la donne dramatiquement en permettant à ces personnes de pouvoir se reconnaître, de mieux s’organiser et de diffuser leurs théories, croyances et opinions plus efficacement tout en rejoignant un auditoire néophyte dans le domaine, mais qui était déjà enclin à ce genre d’idées. Tout d’un coup, les théories de la conspiration qui étaient les plus connues du grand public comme les extraterrestres, l’assassinat de Kennedy, les chemtrails ou les illuminatis ont été rejointe par les théories marginales ou totalement méconnues ce qui a agrandi l’assiette de sujets au point où certaines personnes peuvent vive de la diffusion de ces théories.

Comme je le disais plus haut, les théories de la conspiration étaient principalement portées par des médias obscurs ou spécialisés. Les choses ont commencées à changer avec l’arrivée dans les années 90 de X-Files au États-Unis qui a permis au grand public de se familiariser avec les nombreuses théories connues ou moins connues. À cette époque, le web en était qu’à ses premiers balbutiements et les théories de la conspiration étaient diffusé par des médias de masse, donc contrôlées pour être accessible au plus de gens possible afin d’aller chercher les cotes d’écoute. Quand les attentats du 11 septembre 2001 sont arrivés, la fiction et les spéculations les plus folles sont devenus dès lors plausibles et de ce fait, plus populaires que jamais. Cela concorde avec la démocratisation d’internet et l’explosion de blogues sur tout et rien. Les théoriciens de la conspiration ont alors pu exposer leurs idées au grand jour en exploitant l’immense traumatisme que représente la destruction des deux tours du Wolrd Trade Center. L’arrivée de Youtube et de Facebook ainsi que l’augmentation de la vitesse de navigation et de la largeur de la bande passante ont donné encore plus de visibilité à ceux qui font la promotion des théories de la conspiration.

Dès lors, la boîte de pandore fut ouverte et tous pouvaient diffuser leurs théories, voire même avoir des chaînes de télévision internet dédiées uniquement au sujet comme Alex Jones et sa plateforme Info Wars. En parallèle de la montée de la popularité des théories de la conspiration, le mouvement néo-libéral a atteint son pinacle et remettait en question le grand ordre des choses de l’Amérique blanche et chrétienne qui ne dominait plus la sphère politique. Un sentiment d’impuissance couplé à de nombreux commentateurs de droite conservatrice a créé une nouvelle entité de théoriciens, soit ceux de la théorie globale. Avant, les théories du complot s’alimentaient en elle-même sans s’amalgamer. Maintenant  elles se rassemblent toutes sous un même chapeau, soit un fort sentiment anti libéral. L’élection d’Obama a été pour beaucoup l’aboutissement ultime de l’idéologie libérale. Un noir élu par les villes et les minorités visibles représentait clairement la lente, mais constante, perte d’influence des valeurs américaines traditionnelles des milieux ruraux, blancs, chrétiens et conservateurs. C’est à ce moment que les stratèges et faiseurs d’idée conservateurs ont pris la balle au bond en fédérant ces personnes pour les utiliser comme force politique afin de défaire les démocrates et les libéraux et retrouver l’accès à la maison blanche. Le Tea Party qui était un mouvement libertarien à la base a vite été accaparé par les républicains pour en faire un noyau dur qui s’associe au narratif de la destruction des valeurs américaines et de la constitution par un nouvel ordre mondial libéral.

Ce que les élites politiques traditionnelles de droite n’avaient pas prévu, c’est que cette base allait devenir une force politique importante au sein des milieux conservateurs et républicains. Au lieu d’être simplement un bassin d’électeurs enthousiastes et bruyants qui devait aller voter et ensuite retourner chez eux, ces personnes ont commencé à se mobiliser pour écarter les républicains les plus modérés ce qui a durci le message dans le parti politique. Beaucoup d’élus républicains devaient se battre contre leur propre base pour simplement avoir le droit de représenter les couleurs du parti aux élections suivantes.

La frustration s’est transformée en haine des valeurs libérales ce fut les premiers pas de l’Alt Right. Ce mouvement ultraconservateur ne peut pas être considéré comme une frange du Tea Party, mais plus un enfant illégitime. Principalement composé d’homme blanc sans repères sociaux et dont les perspectives sont peu reluisantes, l’Alt Right est la suite logique au mouvement de durcissement du discours de la droite américaine. Cette frange de la population ne croit plus aux canaux normaux d’information, ils consomment une actualité qui leur est ciblée et les enferme dans un narratif qui les victimise dans un monde dont ils n’ont que peu d’emprise (voir mon texte sur les nonos de la meute). Les pourvoyeurs de cette actualité sont aussi ceux alimentent le plus les théories de la conspiration. Une grande conspiration libérale internationaliste, féministe, juive, musulmane, etc., et propagée par un gouvernement corrompu idéologiquement par ceux qui veulent créer un nouvel ordre mondial. Le seul rempart face à cette calamité devient la recette qu’Alex Jones, David Icke, Rush Limbaugh, Steve Bannon et leurs semblables offrent. Il y a à peu près deux ans, le principal ingrédient de cette recette s’appelait Donald Trump. Le reste est maintenant de l’histoire.

Ceci est un court exposé sur comment les théoriciens de la conspiration peuvent expliquer en partie la montée de l’Alt Right aux États-Unis, mais aussi un peu partout dans le monde. Une autre partie d’explication vient de l’utilisation de cette frustration

 

Aleksandre


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