Qu’en est-il du financement public des écoles privées?

Publié par le 7 février 2018

Une des questions les plus politiquement difficiles à aborder au Québec est le financement public des écoles privées. Sommes toutes, la problématique fait irruption aux deux ans lorsque l’un des 4 partis à l’Assemblée nationale ramène le débat, soit avant une élection ou lors d’un congrès. La salve actuelle contre le financement public provient de Québec Solidaire qui prépare sa plateforme électorale. Alors, faut-il être pour ou contre? Peut-être que les prochaines lignes sauront vous aider à prendre part au débat de façon éclairée.

Premièrement, une mise en contexte historique est de mise. Selon la Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP), les écoles privées subventionnées auraient leur origine au courant des années 60 lors de la création du réseau d’enseignement du Québec. À ce moment-là, une bonne partie de l’éducation était donnée par le clergé dans leurs nombreux établissements et le gouvernement du Québec décida de financer une partie des activités des écoles existantes afin de conserver cet héritage. Aujourd’hui, les écoles sont à grande majorité des OBSL laïques ou des coopératives. En 2017, selon 12% des élèves fréquentent ces établissements et leur financement public est de l’ordre de 40% toujours selon la FEEP. De plus, il existe au Québec des écoles privées sans aucun financement public. Ces dernières ne sont pas sujettes au débat ici présent.

Ceux qui veulent maintenir le financement des écoles subventionnées parlent souvent du coût inférieur pour l’État de l’éducation des élèves alors que les parents prennent en charge 60% des coûts totaux, une facture que le gouvernement devra assumer s’il y a transfert dans le public. Cela correspondrait à un coût de 400-500 millions supplémentaire par année ce qui peut être énorme dans un réseau public déjà au maximum de ses ressources. Les écoles privées subventionnées permettent aussi aux parents de choisir des établissements spécialisés dans de nombreux domaines, soit les langues, le sport, les arts, les sciences, etc. tout en restant majoritairement des organisations qui n’en cherchent pas le profit.  De plus, dans une optique plus idéologique, les écoles privées subventionnées créent de la compétition ce qui permet de profiter des avantages inhérents aux mécaniques de marché. Finalement, les écoles privées subventionnées sont de moins en moins élitistes en acceptant de nombreux élèves ayant des difficultés d’apprentissage ou provenant de milieux défavorisés grâce aux fondations et aux programmes qui peuvent mieux cibler les besoins de ces élèves.

Pour ceux qui veulent éliminer le financement public, il y a le concept même de financer à hauteur de 40% le « privé » alors que le public crie famine depuis plusieurs années même si l’éducation est une « valeur fondamentale » des gouvernements qui se succèdent. Les écoles privées subventionnées sont encore vues, parfois à raison, comme des établissements élitistes pouvant choisir leurs étudiants, laissant les « cas problèmes » coûteux dans le public. Selon les chiffres, les écoles privées subventionnées prennent en charge de 2,7% à 10% d’élèves en difficulté alors que ce ratio monte à 20% dans le public. Autre argument intéressant est que les écoles privées subventionnées n’ont subi que peu de compressions dans les dernières années alors que le public a vu des compressions des plusieurs centaines de millions l’affecter. De plus, même si le privé dit le contraire, une famille pourrait retirer jusqu’à 5000$ pour un revenu annuel familial de 80 000$ (en 2014) de crédit d’impôt par l’utilisation des services de garde au primaire et au préscolaire. Finalement, la concentration des écoles privées subventionnées dans les régions de Montréal, de la Montérégie et de la Capitale-Nationale ne permet pas une allocation optimale des ressources sur l’ensemble du territoire.

Étrangement, dans les recherches que j’ai faites avant d’écrire ce texte, je n’ai trouvé aucun document ou analyse neutre sur le sujet du financement des écoles privées subventionnées. Les documents dont je tire les arguments proviennent malheureusement de sources ultras partisanes et intéressées. J’ai essayé d’être le plus neutre possible dans mon approche laissant même beaucoup d’arguments sur la table, surtout ceux relatifs aux frais de gestion. Il faut cependant mettre en lumière quelques points majeurs dans le débat. De un, le privé se démocratise et devient accessible, sur papier, à un plus grand nombre d’élèves. De deux, je dis sur papier, car la dispersion géographique des écoles sur le territoire n’est pas optimale pour l’ensemble de la population alors que les régions sont sous représentées et que les quartiers moins nantis possèdent rarement ces écoles. Une charge additionnelle aux parents moins fortunés voulant envoyer leurs enfants dans une école privée subventionnée. De trois, les écoles privées subventionnées font du « double dipping » en prennent en charge moins d’élèves en difficultés et\ou en graves troubles d’apprentissages tout en se pavanant en haut des classements de performance provinciaux sans devoir assumer les charges des cas les plus lourds et, de quatre, que la fin des subventions aux écoles privées ne se reflétera pas forcément en gain financier pour renflouer les coffres du réseau public qui pourrait même être encore plus taxé. Au final, le débat est surtout idéologique et émotif laissant peu de place à des analyses critiques et froides du sujet. Les sommes en jeu son titanesques en plus de s’ancrer dans un système de valeurs, il est normal que les gouvernements préfèrent le statu quo, même s’il est bénéfique à personne.

Aleksandre Lessard

Sources :

École branchée

Vincent Geloso

Réjean Parent

FCSQ

Pierre Harvey

FEEP

Jean-Marc St-Jacques


CJMD 96.9 LÉVIS

Écoute en direct

Des problèmes avec l'écoute en direct?
Consultez la foire aux questions