Les nonos de la Meute expliqués par le néo marxisme.

Publié par le 31 janvier 2018


Le néo marxisme, ce paradigme d’après-guerre en sciences sociales qui fût populaire jusqu’à la chute de l’Union Soviétique (pour des raisons évidentes) est, aujourd’hui, une relique intellectuelle du XXe siècle. Vu de nos jours comme une curiosité définie par son temps, très peu de son apport est encore utilisé directement aujourd’hui. Cependant, une théorie de cette époque révolue est toujours vivante et pertinente de nos jours, soit les théories de la dépendance et le système monde. N’ayez pas peur, je ferai une brève explication de cette théorie dans ces lignes. C’est cette pertinence qui peut expliquer pourquoi La Meute existe et pourquoi beaucoup trouvent ces membres « nonos ».

Premièrement, une courte définition du système monde et des théories de la dépendance. Ces théories ont été développées dans les années 70 par le français Fernand Braudel et l’américain Immanuel Wallerstein et disent, grosso modo, qu’il y a un centre de l’économie monde, soit les puissances européennes et leurs anciennes colonies chrétiennes et blanches ainsi qu’une périphérie qui comprend tous les autres pays du monde. Dans ce monde, les pays du centre contrôlent le grand capital et les pays de la périphérie sont mis en compétition pour avoir accès à ce capital ce qui les empêche de vraiment pouvoir se développer. Au départ, cette théorie s’appliquait uniquement aux relations internationales. Or, avec les années, sans entrer dans les détails, on s’est rendu compte, avec le transnationalisme, qu’on pouvait appliquer cette dynamique au-delà des relations internationales et interpréter ce raisonnement aux relations sociales. Ce ne sont plus seulement les États qui s’imbriquent dans cette logique, mais aussi les êtres humains en groupes plus ou moins cohérents et même individuellement. Deux voisins peuvent être l’un au centre et l’autre en périphérie.

En quoi cela peut s’appliquer aux gens de la Meute et aux propos du Premier ministre Trudeau me demanderez-vous? En voyant la première comme appartenant à la périphérie et le deuxième au centre. Je m’explique : la Meute et tous ces groupes plus ou moins identitaires sont principalement formés de personne n’ayant que peu d’accès aux instances décisionnelles et au pouvoir, alors que c’est le contraire pour le PM. Alors, si on en revient à la base théorique, les membres de la Meute vivent dans un monde mis en compétition pour accéder aux ressources du centre de l’économie monde, une compétition avec toutes les autres personnes pouvant être considérées en périphérie. Or, les réfugiés et immigrants font aussi partie de cette périphérie et deviennent des compétiteurs directs pour accéder aux ressources du centre. Il y a longtemps, on disait que les immigrants volaient les jobs, un discours qui s’est transformé avec les années pour le vol des ressources étatiques. En effet, quand on décortique moindrement les revendications des groupes comme la Meute, on peut y lire que ces derniers se battent à la base pour avoir accès aux ressources de l’État providence. Un phénomène s’expliquant de un, par le fait que les Québécois de naissance ont pour la plupart payé des taxes et impôts depuis de nombreuses années contrairement aux nouveaux arrivants qui bénéficieront des mêmes services voir plus, une frustration compréhensible. De deux, les nombreuses coupures dans le filet social rendent l’accès aux ressources de l’État plus « laborieuses » ce qui entraîne une compétition accrue pour bénéficier au dollar social mis à la disposition des citoyens.

En ayant cela en tête, l’utilisation du terme « nono » par le PM perd sa portée critique et devient un affront dans cette guerre froide des classes qui ronge les sociétés capitalistes avancées. Je ne crois pas que Justin avait en tête de blesser qui que ce soit avec ces propos, très bénins dans l’absolu, je crois même qu’il ne conçoit pas cette mise en compétition dans un système centre périphérie dans lequel vit une bonne partie de la population tout comme une très grande partie de l’intelligentia qui est située au centre. Mais cette absence de regard critique face à la Meute entraîne la fermeture au dialogue essentiel pour comprendre les réelles motivations de ces groupes. Combien de fois j’ai entendu et lu des discours condescendants et moralistes envers ces personnes qui ne laissent aucune ouverture à un dialogue plus constructif. Ne me méprenez pas, je ne défends pas les groupes comme la Meute dont je ne m’identifie aucunement. J’essaie de comprendre dans l’absolu le pourquoi du comment et amener une piste d’explication à tout cela.

Finalement, pour approfondir la réflexion, selon Oxfam en 2017, 1% de la population mondiale s’est accaparé 82¢ pour chaque dollar de richesses créé sur terre, laissant 18¢ pour les 99% restant. Il est normal que la compétition pour ces « miettes » entraîne des rivalités sociales et de nombreuses frustrations. De plus, cette concentration des richesses s’accompagne d’un effritement important de la capacité des citoyens de s’impliquer dans l’action politique créant de la méfiance envers les élites de moins en moins accessibles alors qu’elles embrassent leur position au centre de l’économie monde. Ceci peut expliquer cela.

Aleksandre Lessard



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