Faire le pont sur le troisième lien

Publié par le 11 octobre 2017


Depuis quelques mois, le projet du troisième lien entre la Ville de Québec et Lévis fait couler beaucoup d’encre. Il est l’enjeu principal des élections tant au nord qu’au sud du fleuve. Son importance est telle qu’il est devenu un enjeu divisant entre l’automobile et le transport en commun et a précipité la mort du SRB dans sa forme projetée, il y a à peine un an. Comme CJMD est un média qui s’intéresse à la politique municipale et que nos auditeurs nous écoutent presque partout sur le territoire du grand Québec, il est le temps de se mouiller et dire mon opinion au sujet de troisième lien.

Pourquoi je suis pour

Le troisième lien a le potentiel de devenir un équipement routier stratégique et structurant pour… le Québec. En effet, la construction d’un pont-tunnel à l’Est permettrait de faciliter les transits entre la rive sud et la rive nord du fleuve, soit de la Côte-Nord\Saguenay Lac St-Jean vers les Maritimes\USA\Gaspésie\Bas St-Laurent et vice-versa. Avec un accès au port de Québec sans devoir passer par le Boulevard Charest est aussi un atout majeur pour la région tout en retirant de nombreux véhicules lourds provenant de l’ouest de la ville. Aussi, dans le format actuellement présenté, l’utilisation d’un péage permettrait d’avoir un ouvrage dont l’emprunte budgétaire serait moins importante sur les finances du Québec. Finalement, un troisième lien avec une stratégie structurante de transport en commun pourrait devenir un élément de développement important pour toute la région.

Pourquoi je suis contre

Tout d’abord l’éléphant dans le salon : le troisième lien est à la congestion routière ce qu’un band-aid est à une plaie ouverte, soit une solution temporaire, mais qui ne règlera pas le problème à moyen et long terme. Surtout à Québec qui a toutes les difficultés à intégrer une approche proactive et structurante du transport collectif. Les maux sont multiples, que ce soit le développement de nouveaux quartiers en y amenant aucune offre de transport en commun ; les influenceurs politiques qui se battent contre tout ce qui est transports alternatifs en décrétant une supposée « guerre à l’automobile » et aux pouvoirs politiques qui ont une certaine peur de ces influenceurs tout en focalisant sur la tête des ponts. En ce sens, un troisième lien, dans les conditions politiques, économiques et sociales actuelles, c’est un plan pour un retour à la case départ au coût de 5G$. De plus, les sommes de mise en service pour accommoder l’arrivée du pont-tunnel dans le secteur Beauport seront très importantes pour soutenir l’augmentation de circulation. Finalement, ma plus grande peur, aucun candidat pro troisième lien n’a explicité une volonté d’en faire un lien à péage. La tergiversation des candidats n’est pas de bon augure pour les finances publiques, surtout si les influenceurs médiatiques de Québec décident qu’ils ne veulent pas de péage.

Mon verdict

Je crois que dans les conditions idéales, le troisième lien à l’Est pourrait devenir un équipement de premier plan pour le développement de la région et même faire mentir les défenseurs du paradoxe de Braess. Comme conditions idéales je parle de : un péage obligatoire pour les voitures, mais pas pour les camions ; une redéfinition structurante du transport en commun inter rive ; un moratoire sur le développement immobilier dans les secteurs Lallemand et Beaumont à Lévis ainsi qu’une desserte proactive des couronnes extérieures de Québec, de Pont-Rouge à Ste-Anne-de-Beaupré. Or, dans les conditions que le projet est présenté et surtout vendu, nous parlerons d’un quatrième lien pour résoudre les problèmes de circulation beaucoup plus vite qu’on le pense.

Repenser l’idée et voir plus loin

Le plus gros problème avec les promoteurs du troisième lien est qu’ils le présentent comme une panacée qui va régler tous les problèmes de circulation tout en créant presque magiquement des opportunités une croissance pour la région. Même si ces affirmations ont du vrai, il faut penser aux problèmes que cela va entraîner en amont, ce qui n’est aucunement le cas actuellement. De plus, sans compréhension globale de la circulation urbaine la construction d’un tel ouvrage devient du pelletage en avant du problème actuel. Le manque total d’ouverture aux experts et aux spécialistes ne fait qu’accélérer l’inévitable, soit un bouche sous terrain de 5G$. De l’autre côté du dialogue de sourds, les promoteurs du transport alternatif à tout vent ne se rendent pas compte que ce qui cause les problèmes de circulation, c’est la croissance économique et démographique. Il en va de même pour le transport alternatif, plus il est accessible et utilisé plus ce dernier devient victime paradoxe de Braess, pensez aux embouteillages monstres des pistes cyclables aux Pays-Bas ou des métros ultras bondés japonais.

 



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